Il Coro Piccolo

Choeur & Orchestre en région nantaise

2017 — H. Desmarest : Grands Motets Lorrains

Extraits des Grands Motets Lorrains pour Louis XIV, Henry Desmarest (1661-1741)

Après des débuts prometteurs comme ordinaire de la musique du roi, Desmarest demande à Louis XIV la permission de voyager en Italie pour parfaire ses connaissances, mais Lully objecte auprès du monarque que le jeune homme risque là-bas de dévoyer son art : la musique est alors un sujet fort sérieux à la cour, et les compositeurs français, Lully en tête (et plus tard Jean-Philippe Rameau), s'opposent fermement à la prédominance du style italien en Europe, soutenus par le roi lui-même, qui utilise l'art en général et la musique en particulier comme instrument politique du rayonnement de la France en Europe et dans le monde. La tradition française se démarque sur de nombreux points, et le grand motet en particulier s'affirme comme un des éléments du gallicanisme, et plus généralement d'une identité nationale artistique et culturelle française spécifique : il est donc interdit à Desmarest de se rendre en Italie.

En 1697, après un première union de courte durée, Desmarest échange une promesse de mariage avec Marie-Marguerite de Saint-Gobert, la fille du médecin de Gaston d'Orléans (oncle de Louis XIV). Le sieur de Saint-Gobert n'entend pas la chose de cette oreille, et interdit ce mariage. Malgré cela, un an plus tard, Marie-Marguerite, alors âgée de 20 ans, donne naissance à un enfant : furieux, son père intente contre Desmarest un procès pour séduction et rapt. Pour échapper à la justice, Desmarest s'enfuit avec sa toute jeune famille à Bruxelles : il est condamné par contumace en 1700, et son effigie est pendue en place de Grève !

Malgré un parcours erratique et des nombreuses pérégrinations à travers l'Europe, Desmarest conserve de nombreuses amitiés au sein de la cour française : sa situation suscite à la fois de la pitié et de l'admiration. C'est ainsi qu'en avril 1707, par l'entremise d'un ami, il obtient un brevet de surintendant de la musique à Nancy, au sein de la cour du duc Léopold Ier de Lorraine. L'année suivante, le sieur de Saint-Gobert meurt, et Desmarest envoie plusieurs motets à ses amis, à la cour de Louis XIV. Le souverain est mélomane, et bien que reconnaissant l'immense talent du compositeur, il reste cependant inflexible quant à un retour en grâce de Desmarest.

Mais à toute chose malheur est bon : la vie compliquée de Desmarest lui permit de voyager et de croiser de nombreux musiciens et compositeurs, ce que précisément Lully lui avait interdit en intervenant auprès de Louis XIV. En Espagne notamment, il prit goût à l'utilisation de certaines harmonies retorses et très inhabituelles dans la musique française. Il excella également dans la construction de contrepoints extrêmement sophistiqués, incluant des doubles chœurs, et des doubles et triples fugues de dimensions hors normes, rendant fort périlleuse l'exécution de ces œuvres.

Les Grands Motets Lorrains, composés à partir de 1707 à la cour du Duc Léopold Ier, révèlent toutes les facettes du compositeur fameux que fut Desmarest. Il est enfin difficile de n'y pas voir une supplique adressée au roi de France, au travers des plus fameux artistes de la cour, amis de Desmarest, pour un retour en grâce : les psaumes choisis pour ces grands motets évoquent en effet tous la confusion, la tourmente, l'agitation ou le désarroi : le psaume 6, notamment, « Domine, ne in furore », se traduit par « Seigneur, ne me châtiez point dans votre colère ; donnez à votre bonté le temps de modérer votre vengeance ». L'appel à la clémence de Louis XIV est des plus explicites, et la musique de Desmarest souligne le texte avec une force dramatique considérable.

2016 — Baroque vénitien

Missa Dolorosa, Antonio Caldara (1670-1736)

Jusqu'en 1708, Caldara voyage dans toute l'Italie, et croise le chemin des grands noms de son temps : Scarlatti, Corelli ou encore Haendel. L'année suivante, il est appelé en Espagne par Charles III de Habsbourg, où il passe deux années fécondes et présente les premiers opéras italiens dans le pays. Charles III est élu empereur du Saint Empire Romain Germanique en 1711, et Caldara suit son protecteur dans ses divers séjours (Autriche, puis Italie à plusieurs reprises), avant de s'établir définitivement à Vienne en 1716, où il est nommé vice-maître de chapelle à la cour impériale, sous la direction de Johann Joseph Fux, puis seul à partir de 1723. La situation lui convient semble-t-il fort bien, et c’est jusqu'à sa mort en 1736 que Caldara demeure en Autriche, composant un nombre important d'œuvres autant sacrées que profanes. Si l'on sait assez peu de chose sur l’homme qu'était Caldara, Fux lui-même le désignait comme un compositeur « de grand talent et vertu ». Si son œuvre reste somme toute encore assez méconnue compte tenu de sa prodigalité (près de 3500 compositions), il est considéré comme un des maîtres du stile antico, si cher à Fux, qui prône la simplicité et la rigueur du contrepoint, à l'image du maître de la Renaissance Giovanni Palestrina.

La Missa Dolorosa est une œuvre tardive d’Antonio Caldara : composée à Vienne, un an avant sa mort, elle est d'assez vaste dimension, son exécution totale durant près de 40 minutes. La tonalité de mi mineur, maintenue pendant la majeure partie de l'œuvre, appuie son caractère élégiaque, qui lui vaut le sous-titre de Missa Dolorosa. Le style est expressif, cantabile, et laisse entrevoir par son harmonie, son orchestration et son écriture, la timide naissance du classicisme.

Missa Sapientiae, Antonio Lotti (1667-1740)

Antonio Lotti eut une vie très sédentaire : né à Venise en 1667, il y demeura presque toute sa vie. En 1689, il entre au service de la basilique Saint Marc, puis gravit les échelons jusqu'à devenir premier organiste en 1704. Sa position l'oblige à remplir des tâches de compositeur, et Lotti est ainsi l'auteur de nombreuses œuvres liturgiques. Il s'essaye également avec succès à la musique profane, en écrivant des cantates avec solistes, des madrigaux et de nombreux opéras. De 1717 à 1719, il vit une brève parenthèse musicale en dehors de Venise comme maître de chapelle de l'opéra à la cour de Dresde. Dès 1720 cependant, Lotti est de retour à Venise, où il retrouve son poste d'organiste à la basilique Saint Marc (poste qu'il occupera jusqu'à sa mort). Il enseigne également la musique aux orphelines de l'Ospedale degli Incurabili, un établissement de charité si renommé que la noblesse aisée se presse pour y réserver des places pour ses filles les plus talentueuses...

On ne sait pas précisément quand fut composée la Missa Sapientiae, si ce n'est qu'elle ne le fut pas pendant le bref séjour de Lotti en Allemagne. En 1730, c'est Zelenka qui est maître de Chapelle à la cour de Dresde : en charge de la composition et de la sélection de musiques liturgiques, il commande à son ancien maître une Messa a quattro voci con strumenti. Zelenka lui donne le surnom de Missa Sapientiae, et la réorchestre de façon plus brillante en adjoignant aux cordes des vents, ce qui allait de soi à la cour de Dresde. Bach copia également l'œuvre à partir de la source de Zelenka, manifestement enthousiasmé par la solennité sans emphase de cette « Messe de la sagesse », qui appelle à une écoute attentive et patiente, sans passion excessive.

2015 — H. Purcell — Didon & Énée

Opéra en trois actes d'Henry Purcell (1659-1695)

L'œuvre, créée en 1689, fut écrite à l'intention d'une école pour jeunes filles de Chelsea, dirigée par Josias Priest, un chorégraphe et maître danseur. Priest entretenait des liens étroits avec la scène professionnelle, créant des danses pour de nombreux opéras de son temps. Ainsi, aucune occasion ne fut manquée d'introduire la danse dans Dido and Æneas, et, à l'exception du rôle d'Énée, tous les rôles furent probablement chantés par des jeunes filles de l'école.

L'opéra subit cependant bien des avatars au fil des décennies : transcrit et adapté dès le tout début du XVIIIème siècle (1701 et 1704), il fut par la suite transformé en une cantate dont toutes les parties dansées furent omises, et dont les airs furent réarrangés et redistribués vers d'autres voix ; une version de concert éditée en 1841 reprend ces modifications et modifie même l'harmonie originale. Ce n'est qu'en 1925 qu'un manuscrit ancien (l'original ayant totalement disparu) fut réétudié et comparé avec l'unique copie restante du livret de Nahum Tate datant du XVIIème siècle : l'œuvre fut ainsi restaurée, en respectant les caractéristiques du langage musical de Purcell. Toutefois, il apparaît que l'opéra tel qu'il fut joué en 1704 ne correspond déjà plus tout à fait à celui qui fut créé en 1689.

2014 — J.S. Bach — Messes Brèves

Extraits des Messes Brèves de J.S. Bach (1685 - 1750)

En Allemagne, la Réforme luthérienne s'accompagne de nombreux changements dans les offices religieux : la Bible est traduite, et les traditions latines disparaissent au profit de la langue vernaculaire, l'allemand. Toutefois, Martin Luther souhaite que le latin demeure présent lors de quelques temps forts de la liturgie : il recommande en particulier l'utilisation du Kyrie et du Gloria, qui, mis en musique, soulignent avec faste les fêtes importantes de la chrétienté telles que Noël, Pâques ou la Pentecôte (Luther est lui-même compositeur, et fervent admirateur de la musique sous toutes ses formes). C'est ainsi que naît la « messe brève » luthérienne, qui n'est pas nécessairement brève par sa durée, mais bien par sa structure liturgique, puisqu'elle ne comprend pas le Credo, le Sanctus et l'Agnus Dei.

Pour écrire ses messes brèves, Bach utilise le procédé de parodie, fréquemment employé par tous les compositeurs de son temps (et depuis la Renaissance). Il prend des extraits issus de ses cantates, qu'il réorchestre et pour lesquels il adapte la prosodie latine. Loin de constituer un simple plagiat, la parodie est aussi un moyen pour lui de donner à réentendre des œuvres dont il est satisfait, et qui n'auraient sans cela plus jamais été rejouées (rappelons qu'à Leipzig, Bach doit composer une cantate chaque semaine, et que celle-ci, une fois jouée, ne sera que très rarement ressortie des tiroirs du Cantor...).

Il est à noter que l'une des plus grandes œuvres sacrées de Bach, la messe en si mineur, fut tout d'abord une messe brève, avant d'être étoffée et de devenir le monument que l'on connaît aujourd'hui.

2013 — J.P. Rameau — Les Grands Motets

Extraits des Grands Motets de J.P. Rameau (1683 - 1764)

Rameau, qui a pendant plus de quarante ans parcouru les églises et cathédrales en tant qu'organiste, a paradoxalement composé très peu de musique sacrée : seuls trois motets ont été retrouvés (plus deux autres dont la paternité est douteuse), tous trois composés entre 1713 et 1720, bien avant le début de sa carrière lyrique et son ascension vers la gloire. Mais l'on sent déjà dans ces œuvres l'incroyable génie du compositeur : son goût pour l'harmonie, faite de savants chromatismes, d'enchaînements inattendus et de tensions d'une grande audace, est le reflet de ses travaux en tant que théoricien de la musique.

2012 — Baroque français

Grand motet "De Profundis" - Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711 - 1772)

Né à Narbonne en 1711, Mondonville, violoniste virtuose contemporain de Rameau, s'installe à Paris en 1738. Après un poste de violoniste au Concert Spirituel, il prend en 1744 le poste de sous-maître de la Chapelle royale (qu'il occupe jusqu'en 1758). Mondonville écrit son grand motet De Profundis en 1748, pour les obsèques de son ami Henri Madin, membre de la Chapelle royale. Donné plus de quarante fois au Concert Spirituel jusqu'en 1764, ce De Profundis fut très apprécié de son époque : le Mercure de France décrit notamment les "beautés sublimes" du choeur d'ouverture, et le désigne comme "un des plus beaux morceaux que Mondonville ait jamais composés".

Requiem - André Campra (1660 - 1744)

Originaire d'Aix-en-Provence, André Campra est partagé entre sa prédestination à une vie d'ecclésiastique et son goût pour la musique lyrique : souvent décrit comme irascible, impérieux, voire dépravé, Campra s'installe à Paris à l'âge de 34 ans et y devient Maître de chapelle de Notre Dame de Paris. Mais, emporté par son goût pour l'art lyrique, il crée des comédies-ballets sous de faux noms ; finalement, il démissionne en 1700 pour s'adonner à cette passion, prisée notamment par le très libertin régent Philippe d'Orléans. Ce n'est qu'en 1722 que Campra revient à la musique sacrée, en prenant le poste de sous-maître de la Chapelle royale : c'est là qu'il compose son Requiem. Toujours imprégné du lyrisme de ses précédentes amours, Campra use pour écrire cette messe des morts de toute l'élégance de son art : il nous offre ainsi une œuvre lumineuse emprunte de simplicité et d'humilité, appelant, après une vision humaniste de la vie, à une mort apaisée qui élève l'âme vers un bonheur céleste.

2011 — J.S. Bach — Cantates

Extraits de Cantates de J.S. Bach (1685 - 1750)

En 1723, à l'âge de 38 ans, Bach obtient le poste de Cantor à Leipzig. Soutenu par sa femme Anna Magdalena, Bach y trouve un endroit qui convient à sa soif de connaissances, son érudition et son mysticisme : il enseigne la musique, le catéchisme, le latin, et compose la majorité de son œuvre sacrée, dont notamment près de 200 cantates. Chaque dimanche et chaque jour de fête, il doit produire une nouvelle partition : grâce à des musiciens brillants et un chœur qui a reçu son très estimable enseignement, il parvient à faire exécuter ses œuvres avec une seule répétition, suscitant la jalousie des uns et l'admiration des autres. Bach termine sa vie le 28 juillet 1750, après 25 années passées à Leipzig, au sommet de sa gloire sans doute, mais faisant figure auprès de ses puînés de bigot un peu passé de mode : c'est ainsi que son œuvre demeure oubliée pendant de nombreuses années, puis, redécouverte progressivement, influence par la suite de nombreux compositeurs, au rang desquels Mozart, Beethoven, Mendelssohn ou encore Wagner.

Le Cantor de Leipzig n'a certes pas inventé le genre : lorsqu'il écrit sa première cantate à Mülhausen en 1707, les lieux de culte de la Réforme exécutaient depuis longtemps déjà des pièces musicales dans lesquelles alternaient des chœurs, des arias, des chorals et des récitatifs commentant les Saintes Ecritures. Mais Bach s'empare de la Cantate pour la forger de sa poigne créatrice, y insufflant son incomparable génie du contrepoint, ses audacieux mouvements harmoniques... Inépuisable bouillonnement sonore, sans cesse réinventée dans une forme pourtant similaire, chaque cantate, quand bien même elle fut composée dans l'urgence, est empreinte de foi et de mysticisme : c'est sans doute pour cela que les Cantates demeurent aujourd'hui ce sommet de marbre, ce monument qui, sans cesse, emporte notre enthousiasme et notre admiration.

Précédemment...

Sous la direction de Jean-Louis Chauveau :

  • 2010 — G.F. Haëndel — Le Messie
  • 2009 — W.A. Mozart — Requiem
  • 2008 — Joseph Haydn — La Création (extraits)
  • 2007 — W.A. Mozart — Grande Messe en Ut mineur
  • 2006 — Antonio Lotti — Requiem
  • 2005 — Francesco Durante — Lamentations de Jérémie
  • 2004 — G.F. Haendel — Antiennes du couronnement (extraits)
  • 2003 — W.A. Mozart — Waisenhausmesse
  • 2002 — Henry Purcell — Didon et Enée
  • 2001 — G.F. Haendel — Ode pour les Funérailles de la Reine Caroline
  • 2000 — Antonio Vivaldi — Magnificat, Gloria, et Credo