Il Coro Piccolo

Choeur & Orchestre en région nantaise

Mai 2017 : Grands Motets Lorrains pour Louis XIV de Henry Desmarest

Après des débuts prometteurs comme ordinaire de la musique du roi, Desmarest demande à Louis XIV la permission de voyager en Italie pour parfaire ses connaissances, mais Lully objecte auprès du monarque que le jeune homme risque là-bas de dévoyer son art : la musique est alors un sujet fort sérieux à la cour, et les compositeurs français, Lully en tête (et plus tard Jean-Philippe Rameau), s'opposent fermement à la prédominance du style italien en Europe, soutenus par le roi lui-même, qui utilise l'art en général et la musique en particulier comme instrument politique du rayonnement de la France en Europe et dans le monde. La tradition française se démarque sur de nombreux points, et le grand motet en particulier s'affirme comme un des éléments du gallicanisme, et plus généralement d'une identité nationale artistique et culturelle française spécifique : il est donc interdit à Desmarest de se rendre en Italie.

En 1697, après un première union de courte durée, Desmarest échange une promesse de mariage avec Marie-Marguerite de Saint-Gobert, la fille du médecin de Gaston d'Orléans (oncle de Louis XIV). Le sieur de Saint-Gobert n'entend pas la chose de cette oreille, et interdit ce mariage. Malgré cela, un an plus tard, Marie-Marguerite, alors âgée de 20 ans, donne naissance à un enfant : furieux, son père intente contre Desmarest un procès pour séduction et rapt. Pour échapper à la justice, Desmarest s'enfuit avec sa toute jeune famille à Bruxelles : il est condamné par contumace en 1700, et son effigie est pendue en place de Grève !

Malgré un parcours erratique et des nombreuses pérégrinations à travers l'Europe, Desmarest conserve de nombreuses amitiés au sein de la cour française : sa situation suscite à la fois de la pitié et de l'admiration. C'est ainsi qu'en avril 1707, par l'entremise d'un ami, il obtient un brevet de surintendant de la musique à Nancy, au sein de la cour du duc Léopold Ier de Lorraine. L'année suivante, le sieur de Saint-Gobert meurt, et Desmarest envoie plusieurs motets à ses amis, à la cour de Louis XIV. Le souverain est mélomane, et bien que reconnaissant l'immense talent du compositeur, il reste cependant inflexible quant à un retour en grâce de Desmarest.

Mais à toute chose malheur est bon : la vie compliquée de Desmarest lui permit de voyager et de croiser de nombreux musiciens et compositeurs, ce que précisément Lully lui avait interdit en intervenant auprès de Louis XIV. En Espagne notamment, il prit goût à l'utilisation de certaines harmonies retorses et très inhabituelles dans la musique française. Il excella également dans la construction de contrepoints extrêmement sophistiqués, incluant des doubles chœurs, et des doubles et triples fugues de dimensions hors normes, rendant fort périlleuse l'exécution de ces œuvres.

Les Grands Motets Lorrains, composés à partir de 1707 à la cour du Duc Léopold Ier, révèlent toutes les facettes du compositeur fameux que fut Desmarest. Il est enfin difficile de n'y pas voir une supplique adressée au roi de France, au travers des plus fameux artistes de la cour, amis de Desmarest, pour un retour en grâce : les psaumes choisis pour ces grands motets évoquent en effet tous la confusion, la tourmente, l'agitation ou le désarroi : le psaume 6, notamment, « Domine, ne in furore », se traduit par « Seigneur, ne me châtiez point dans votre colère ; donnez à votre bonté le temps de modérer votre vengeance ». L'appel à la clémence de Louis XIV est des plus explicites, et la musique de Desmarest souligne le texte avec une force dramatique considérable.

5 concerts :

  • Vendredi 12 mai : Nantes, église St Martin de Chantenay - 21h
  • Samedi 13 mai : Nantes, église Ste Croix - 20h30
  • Dimanche 14 mai : en cours de programmation
  • Samedi 20 mai : en cours de programmation
  • Dimanche 21 mai : Orvault, église Ste Bernadette - 16h

Tarifs : Tarif unique 10€ / Gratuit -12 ans. Pas de réservation, billetterie sur place.
Informations : ou 02 40 63 44 45

Novembre 2016 : Baroque vénitien

Missa Dolorosa, Antonio Caldara (1670-1736)

Jusqu'en 1708, Caldara voyage dans toute l'Italie, et croise le chemin des grands noms de son temps : Scarlatti, Corelli ou encore Haendel. L'année suivante, il est appelé en Espagne par Charles III de Habsbourg, où il passe deux années fécondes et présente les premiers opéras italiens dans le pays. Charles III est élu empereur du Saint Empire Romain Germanique en 1711, et Caldara suit son protecteur dans ses divers séjours (Autriche, puis Italie à plusieurs reprises), avant de s'établir définitivement à Vienne en 1716, où il est nommé vice-maître de chapelle à la cour impériale, sous la direction de Johann Joseph Fux, puis seul à partir de 1723. La situation lui convient semble-t-il fort bien, et c’est jusqu'à sa mort en 1736 que Caldara demeure en Autriche, composant un nombre important d'œuvres autant sacrées que profanes. Si l'on sait assez peu de chose sur l’homme qu'était Caldara, Fux lui-même le désignait comme un compositeur « de grand talent et vertu ». Si son œuvre reste somme toute encore assez méconnue compte tenu de sa prodigalité (près de 3500 compositions), il est considéré comme un des maîtres du stile antico, si cher à Fux, qui prône la simplicité et la rigueur du contrepoint, à l'image du maître de la Renaissance Giovanni Palestrina.

La Missa Dolorosa est une œuvre tardive d’Antonio Caldara : composée à Vienne, un an avant sa mort, elle est d'assez vaste dimension, son exécution totale durant près de 40 minutes. La tonalité de mi mineur, maintenue pendant la majeure partie de l'œuvre, appuie son caractère élégiaque, qui lui vaut le sous-titre de Missa Dolorosa. Le style est expressif, cantabile, et laisse entrevoir par son harmonie, son orchestration et son écriture, la timide naissance du classicisme.

Missa Sapientiae, Antonio Lotti (1667-1740)

Antonio Lotti eut une vie très sédentaire : né à Venise en 1667, il y demeura presque toute sa vie. En 1689, il entre au service de la basilique Saint Marc, puis gravit les échelons jusqu'à devenir premier organiste en 1704. Sa position l'oblige à remplir des tâches de compositeur, et Lotti est ainsi l'auteur de nombreuses œuvres liturgiques. Il s'essaye également avec succès à la musique profane, en écrivant des cantates avec solistes, des madrigaux et de nombreux opéras. De 1717 à 1719, il vit une brève parenthèse musicale en dehors de Venise comme maître de chapelle de l'opéra à la cour de Dresde. Dès 1720 cependant, Lotti est de retour à Venise, où il retrouve son poste d'organiste à la basilique Saint Marc (poste qu'il occupera jusqu'à sa mort). Il enseigne également la musique aux orphelines de l'Ospedale degli Incurabili, un établissement de charité si renommé que la noblesse aisée se presse pour y réserver des places pour ses filles les plus talentueuses...

On ne sait pas précisément quand fut composée la Missa Sapientiae, si ce n'est qu'elle ne le fut pas pendant le bref séjour de Lotti en Allemagne. En 1730, c'est Zelenka qui est maître de Chapelle à la cour de Dresde : en charge de la composition et de la sélection de musiques liturgiques, il commande à son ancien maître une Messa a quattro voci con strumenti. Zelenka lui donne le surnom de Missa Sapientiae, et la réorchestre de façon plus brillante en adjoignant aux cordes des vents, ce qui allait de soi à la cour de Dresde. Bach copia également l'œuvre à partir de la source de Zelenka, manifestement enthousiasmé par la solennité sans emphase de cette « Messe de la sagesse », qui appelle à une écoute attentive et patiente, sans passion excessive.

3 concerts :

  • Vendredi 11 novembre : église Toutes Joies, Nantes - 21h
  • Samedi 12 novembre : église Ste Croix, Nantes - 20h30
  • Dimanche 13 novembre : église St Gilles, Pornic - 16h

Tarifs : Tarif unique 10€ / Gratuit -12 ans. Pas de réservation, billetterie sur place.
Informations : ou 02 40 63 44 45